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La simplicité volontaire

La simplicité volontaire (SV) est-elle une mode passagère? Plus de 13 ans après la parution, au Québec, de « La simplicité volontaire, plus que jamais …« , de Serge Mongeau, on peut dire que la SV est devenue un courant social suffisamment fort pour durer (voir, à ce sujet, « La SV fait son chemin…« ).

Qu’est-ce que la simplicité volontaire ? Il y a presque autant de définitions que d’auteur. Mais cela tourne toujours autour d’un mode de vie ou d’une sorte de philosophie qui (re)met l’accent sur les priorités essentielles des individus (ou des collectivités) en se libérant des contraintes de la (sur)consommation matérielle. Un moyen de « vivre mieux avec moins« , de privilégier « plus de liens, moins de biens », pour reprendre certaines des formules les plus utilisées.

La simplicité volontaire n’est pas une idée nouvelle. Même si l’expression a été utilisée pour la première fois par Richard Gregg, un disciple de Gandhi, en 1936, elle réfère à une sagesse ancestrale partagée tant par les philosophes grecs comme Aristote ou Épicure que par toutes les grandes traditions spirituelles du monde : dans une formule admirable qu’on attribue à Gandhi, il s’agit de « vivre simplement, pour que les autres puissent simplement vivre ».

La simplicité volontaire ne propose pas de recettes ni de modes d’emploi : elle prendra autant de formes concrètes qu’il y aura de simplicitaires (nom que l’on a donné, au Québec, à ceux et celles qui pratiquent la SV). Car puisqu’il s’agit, pour ceux-ci, de se donner les meilleurs moyens d’atteindre leurs vraies priorités, il ne pourra toujours s’agir que d’un cheminement continu et personnalisé, qu’on n’aura jamais atteint une fois pour toutes et qui tiendra compte des particularités de chacun. Il serait donc absurde de prétendre : « moi, la simplicité volontaire n’a plus de secret pour moi ! »; tout comme celle-ci ne pourra pas se pratiquer de la même manière pour un jeune couple avec enfants que pour des retraitées, pour ceux qui habitent les grandes villes que pour ceux qui vivent en campagne, etc.

D’ailleurs, nous avons toujours refusé de faire de la SV une « appellation contrôlée ». Nous (du Réseau québécois pour la simplicité volontaire ou RQSV),  avons bien sûr, au fil des ans, développé une certaine connaissance de ce qu’elle peut être ou pas, mais nous continuons d’évoluer sans cesse et nous découvrons toujours de nouvelles questions, de nouveaux défis et de nouvelles expériences.

Ce qui m’amène d’ailleurs à dire un mot des « simplicitaires anonymes« . Bien des gens pratiquent la SV (ou certains de ses aspects) sans même le savoir, à la manière de la prose de M. Jourdain. Et il n’y a ni contrôle, ni examen qui permettrait de décider qui est simplicitaire (ou jusqu’à quel point !) et qui ne l’est pas. Ce n’est pas un club, mais plutôt un courant social ou un état d’esprit. Qui prend les formes les plus diverses et se manifeste de multiples manières : transport en commun, alimentation et commerce local, modes d’habitation alternatifs, recyclage et seconde vie pour les objets matériels, temps de recul ou de méditation, initiatives individuelles ou démarches de groupes, etc.

Manifestation pour la décroissance

Cette multiplicité des formes et des approches fait de la simplicité volontaire un concept potentiellement fédérateur (à la manière de l’altermondialisme), mais aussi une réalité difficile à cerner et à traduire en mouvement social significatif. Courant social ou mouvement social? Cette question a été plusieurs fois posée. Cette question du mouvement social, c’est-à-dire d’un courant social (ou « tendance ») organisé, avec des objectifs, des membres et des stratégies qui dépassent les choix individuels de chacunE (auxquels on associe généralement la SV), comporte d’ailleurs deux aspects distincts : les organisations et les cibles.

D’un côté, personne ne peut contrôler qui est (ou peut se dire) simplicitaire ou non : ce n’est ni un parti politique, ni une religion. Mais on peut très bien décider qui est membre, ou non, de telle ou telle organisation de simplicitaires (la principale, au Québec, fondée en avril 2000, étant le RQSV, de même qu’un groupe régional très important, le Groupe de simplicité volontaire de Québec ou GSVQ, ). Et cette organisation peut décider de prendre la parole publiquement, non pas au nom de tous les simplicitaires mais au nom de ses membres. Avec la conséquence possible qu’à la longue, au fur et à mesure qu’on reconnaît à cette parole publique une spécificité et une expertise, cette parole devienne peu à peu le porte-parole (ou l’un d’entre eux) de ce courant d’idées dans la société.

L’autre aspect du mouvement social concerne les cibles ou les objectifs. Alors que la simplicité volontaire a été le plus souvent associée aux choix de vie individuels, dans la sphère privée (famille, maison, loisirs, etc.), celle-ci a toujours comporté une dimension plus collective, politique : pour que la simplicité volontaire individuelle puisse mieux se pratiquer ou se répandre, il faut des moyens collectifs (transport en commun, bibliothèques ou maison de la culture, politiques d’urbanisation, etc.). Sans compter que plusieurs des problèmes auxquels veut remédier la simplicité volontaire, au moins dans une certaine mesure (épuisement des ressources planétaires, inégalités sociales, environnement, etc.), ne peuvent trouver de solutions véritables qu’au niveau de la société globale. C’est pourquoi va se poser, de plus en plus, la question des cibles politiques de la simplicité volontaire (s’agit-il simplement de tirer individuellement son épingle du jeu ou d’assurer sa propre cohérence personnelle? ou doit-on également s’impliquer au-delà de nos choix personnels pour travailler à la transformation collective vers une société de SV?) et de ses capacités de mobilisation (comment rejoindre, « fédérer », les multiples individus et groupes qui s’intéressent à ou pratiquent l’un ou l’autre aspect de la simplicité volontaire autour d’objectifs et de stratégies communes ou complémentaires?).

Mais pour plusieurs d’entre vous, je me suis sans doute bien éloigné de vos questions ou préoccupations immédiates! Alors revenons à nos moutons! Et au terre à terre bien concret et quotidien.

  • La SV, ça veut dire, entre autres choses, se libérer graduellement des chaînes de l’argent (être obligée de travailler toujours plus, pour gagner plus d’argent, pour pouvoir se payer tout ce que l’on nous a fait croire indispensable à notre bonheur). Expérimenter soi-même, à petite échelle, qu’on peut être aussi heureux (et même plus) avec bien moins de choses ou de dépenses.
  • La SV, ça veut dire  vivre et voyager plus léger : se départir, à mesure qu’on s’en sent prêt, de tout ce qui nous encombre ou qui alourdit nos vies (comme on en découvre tant chaque fois qu’on déménage!) : alourdir nos factures, nos préoccupations, notre espace physique ou psychique.
  • La SV, ça veut dire identifier ses propres priorités véritables (est-ce que je mène vraiment la vie que je voulais vivre?) et prendre les moyens pour rectifier le tir au besoin, ou pour atteindre plus efficacement nos buts si c’est déjà le cas.
  • La SV, ça veut dire s’alimenter mieux, avec des produits locaux, moins industriellement transformés, qu’on prépare souvent soi-même ou en famille, pour (re)découvrir la dimension sociale et communautaire des repas (comme le propose le mouvement Slow Food).
  • La SV, ça veut dire réduire son empreinte écologique, partager davantage avec le voisinage proche ou éloigné, se donner davantage de temps pour soi ou pour sa famille, ne pas se laisser emporter par le tourbillon des nouvelles techonologies, des modes ou de la publicité.
  • Bref, la SV, ça veut dire développer les multiples moyens de reprendre du contrôle sur nos vies et sur notre bonheur, au lieu de nous laisser dicter ceux-ci par la société industrielle capitaliste dont la survie repose sur une consommation toujours plus grande et toujours renouvelée.

Pour en savoir plus sur la simplicité volontaire, je vous suggère d’abord le petit livre que j’ai publié aux Éditions Écosociété en 2005, L’ABC de la simplicité volontaire qui, dans une première partie, répond aux 20 principales questions qu’on nous pose généralement et qui, dans la seconde, propose une sorte de coffre à outils pour aller plus loin (60 pages de références à des livres, des sites internet et des documents audio-visuels sur la simplicité volontaire et ses multiples aspects : argent, commerce équitable, famille, fêtes et cadeaux, logement, loisirs, santé, spiritualité, temps, transport, travail, vacances, vêtements, etc.).

De plus, je vous suggère le site internet du Réseau québécois pour la simplicité volontaire où vous trouverez une foule de renseignements, de documents et d’outils pour vivre vous-mêmes la simplicité volontaire, si vous le souhaitez, et pour organiser des groupes ou des ateliers sur ces questions. De plus, vous pourrez y consulter en ligne les 37 numéros du bulletin du RQSV, Simpli-Cité, parus depuis 11 ans et qui portent, chacun, sur un thème particulier (de « Comment fêter Noël ? » à « C’est combien, assez pour vivre ? » en passant par « Mourir… simplement ? », « Vaut-il mieux vivre en ville ou en campagne ? », « La crise économique », etc.). En passant, les éditions Écosociété viennent de faire paraître un petit livre, « Nous, de la simplicité volontaire« , qui regroupe plus d’une cinquantaine des meilleurs textes du bulletin, écrits par près de 40 simplicitaires de tous les milieux, en plus des résultats d’une recherche universitaire menée par deux universités québécoises qui concluent qu’il existe un lien direct entre la pratique de la SV et le niveau de satisfaction face à la vie.

Et finalement, pour suivre la simplicité volontaire au fil de la vie et des mois, je vous invite à visiter (et à vous abonner gratuitement) au Carnet des simplicitaires où je tiens, entre autres, une chronique hebdomadaire abordant la SV par les aspects les plus divers… et parfois imprévus !

Dominique Boisvert
Cofondateur du RQSV
Auteur de L’ABC de la simplicité volontaire

{ 2 comments… add one }
  • Tan 13 septembre 2011, 8 08 27 09279

    Je ne connaissais pas ce terme « simplicité volontaire » mais j’ai beaucoup aimé l’article et les idées qui sont derrière. Dommage que ce réseau n’existe pas en France. A force de lire des articles sur la simplicité sur ton blog, tout cela commence à faire son chemin et je dois avouer que j’ai changé certains de mes comportements. Je raisonne un peu différemment et je me pose plus de question sur mon mode de vie.

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