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« L’open space m’a tuer » (Critique Livre)

L’open space est une grande surface aménagée (ou pas …) où l’on groupe un ensemble d’employés, techniciens, ingénieurs, commerciaux pour qu’ils soient plus proches et qu’ils communiquent. Enfin, c’est l’idée de départ, car aujourd’hui les employeurs l’utilisent surtout pour gagner des mètres carrés et réaliser des économies au détriment de la qualité de l’environnement de travail. Dans le cas du livre « L’open space m’a tuer« , la population décrite est constituée d’ingénieurs (cadre de haut niveau ?) souvent jeunes d’ailleurs travaillant dans le domaine du conseil informatique et en organisation. Les noms des sociétés sont à peine voilés derrière des pseudonymes reconnaissables (Winconseil, Business & Incisions, KPAIMEG, Altranse, CapCefini, …).

Travaillant dans le domaine informatique depuis plus de 15 ans et ayant vu les évolutions pas toujours positives en terme de salaire et de conditions de travail (à part l’interdiction de fumer sur le lieu de travail), j’ai trouvé les petites histoires du livre exactes, drôles, caustiques mais malheureusement réalistes. Normal puisque c’est du vécu, c’est pas un roman. Nos deux auteurs qui écrivent sous les noms d’emprunt de Alexandre des Isnard et Thomas Zuber (ça peut pas être leur vrai nom quand même ! remarques peut-être en fait) ont tout compris à cette tendance de l’open space qui marque cette génération.

Open space on est du bétail

Tout commence par le nouveau vocabulaire (fait souvent de mots anglophones) que l’on emploie tous, moi y compris, même si ça me fait rire :

  • Je suis charrette : je suis occupé.
  • Brainstorming : on se réunit pour faire émerger l’idée qui nous sauvera.
  • Propale : la proposition technique et commerciale faite au client.
  • ASAP : « As soon as possible » soit dès que possible.

Le vocabulaire branché de cette génération de cadres fonctionnant en mode projet, où le tutoiement de rigueur donne une fausse impression de convivialité. L’open space épuise pourtant ceux qui y vivent et qui finissent de temps en temps par craquer. Ce livre décrit bien les dérives de ce mode de travail où finalement le patron n’a même plus besoin de contrôler ces employés car ils se contrôlent eux-mêmes. Quand l’un part un peu tôt (18h00), la bonne blague entendu 100 fois c’est : « T’as pris ton après-midi ». Bref on s’espionne en faisant semblant d’être sympa. On fait même des entretiens à 360 degrés pour s’évaluer entre nous (je l’ai déjà fait c’est trop con de devenir esclave et bourreau à la fois).

Moi, je me sens de la génération d’avant, celles des bureaux où les gens réfléchissaient sans mettre de la musique à fond sur leurs oreilles pour ne pas entendre la conversation de leurs voisins. J’ai vu la transformation et je peux dire qu’elle n’a pas du tout constitué une avancée majeure dans le monde du travail. Elle a accru le stress. L’open space c’est vraiment curieux, de la proximité physique sans proximité réelle. On fait tout ensemble mais on ne se voit pas en dehors du boulot : la vraie fausse proximité de la génération casque sur les oreilles et jeux d’abrutis en réseaux.

En tout cas mention spéciale pour ce livre à découvrir pour rire et déprimer à la fois. Et une pensée pour la jeune femme du livre qui a réussi à se faire une tendinite aux deux pouces à force d’envoyer des mails sur son blackberry. Vous pouvez aller faire un tour sur le site associé au livre pour prolonger la fête car les auteurs ont aussi un site pour l’open space m’a tuer.

{ 8 comments… add one }
  • gunday 16 août 2012, 9 09 27 08278

    Ce livre est effectivement très révélateur de l’ambiance open-space.
    Et malheureusement, comme toi, j’ai reconnu le lieu de travail devenu habituel.

    Le seul moyen de travailler tranquillement dans un open-space est de monopoliser une salle de réunion bien caché en ne prévenant personne.

    Bon faut que j’y retourne, j’suis charrette! 😉

  • FredericB 18 août 2012, 16 04 06 08068

    En effet Gilles, c’est exactement cela.
    Plus loin que l’Open Space c’est le (auto)contrôle des employés qui me fait le plus gerber. Dans ma société, la plupart des jeunes cadres en redemande car cela permet de discuter des nouveau mangas à la mode ou de jouer au ballon en mousse (si si vous ne rêvez pas !). Je suis un des rares à demander des conditions meilleures pour travailler mais la hiérarchie me prend pour un râleur. D’ailleurs le simple fait de réclamer vous fait passer pour un râleur.

  • Martin 24 août 2012, 3 03 16 08168

    J’avais pu tester l’Openspace à deux dedans ce n’était pas désagréable, mais c’est vrai que les Open space ou il y a beaucoup de monde, ce n’est pas l’idéal. J’ai beaucoup de mal à me concentrer quand il y a beaucoup de monde qui fait du bruit, j’ai besoin de ma bulle…

  • Alexandre 31 août 2012, 14 02 28 08288

    J’ai bien aimé ce livre. Je me suis bien retrouvé dans leurs anecdotes, et je suis d’accord avec eux: je trouve l’open space stressant et hautement néfaste pour la productivité. Entre l’espionnage par dessus l’épaule et les discussions à haute voix à toute heure, ça crée vraiment une ambiance pas sympa.

  • Gilles from Objectifs Liberté 3 octobre 2012, 13 01 18 101810

    @Tout le monde :

    Je crois qu’il y a unanimité des commentaires : l’open space c’est bruyant et ça nuit à la productivité. Oui, mais il se trouve que ceux qui le recommandent ne sont pas ceux qui sont dedans ! Les « chefs » ont bien souvent de vrais bureaux.

    Par contre comme le souligne @FredericB, les victimes deviennent de temps en temps bourreaux vis à vis de leurs collègues en faisant du bruit et en génant les autres. Finalement l’open space c’est un peu la foire à bestiaux et certains bestiaux ne donnent pas tort à leurs chefs en se comportant comme tels.

    En tous cas je conseille à tous la lecture de ce petit livre très drole et en même temps dramatique car nombre de dépressions nerveuses sont à mettre en relation avec les conditions de travail dégradées qui touchent à présent les cadres (qui sont finalement plus dociles que les ouvriers).

    On produit du poulet de batterie à 3 euros le kilo et du cadre à 2000 euros par mois en batterie aussi élevé aux sandwichs industriels … (C’est de moi !). C’est moins bon mais on en consomme beaucoup.

  • Philippe 28 novembre 2013, 14 02 55 115511

    C’est exactement ça…!

    Avec l’hypocrisie ambiante de l’open space où on dit – je sais pas si vous l’avez entendu – que l’open-space « favorise l’émulation et l’échange d’idées »!

    Bon en réalité, ça favorise plutôt le flicage entre salariés et les ragots. C’est le must pour les actionnaires et les patrons : ça coûte moins cher en bureaux, et en plus même plus besoin de fliquer les employés, ils le font entre eux.

    Je n’ai jamais réussi à déterminer si certaines personnes aiment vraiment ça. Je crois que ça plait à certaines personnes très extraverties, et plutôt aux filles. En privé les gens de mon bureau ont souvent admis (quand-même!) qu’ils n’aimaient pas l’open space.

  • Gilles from Objectifs Liberté 28 novembre 2013, 18 06 18 111811

    @Philippe :

    L’open space a été adopté en France surtout à cause des économies de m2 à mon avis mais on justifie cette régression par des motifs bidons.

    Faire un métier de concentration dans un environnement bruyant est impossible. De plus en plus de personnes ont un casque sur les oreilles (est ce mieux pour se concentrer ?) pour s’isoler.

    Dans un open space les salariés s’auto flic entre eux en plus, mais là aussi bonjour l’ambiance : « Tu pars à 18h00, tu as pris ton après-midi ! ».

    Bon ça plait aux pipelettes c’est sur mais niveau boulot je ne suis pas sur que le rendement soit meilleur, quant à la santé des salariés sur ces plateaux …

  • King of GSM 26 avril 2016, 16 04 36 04364

    Je n’y connais pas grand chose à ces concepts d’open-space mais je me sens quand même concerné car je suis étudiant en informatique (et occasionnellement stagiaire en référencement agressif haha).

    Je me sens donc concerné car mon avenir aboutira probablement dans une SS2I et j’en déduis par logique qu’elles sont aussi concernées par ce concept d’open-space.

    Sur le coup, ça a l’air d’être plaisant mais je suppose que la réalité est toute autre.

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