La décroissance, un modèle de société inéluctable

par FredericB

La décroissance est une posture assez radicale née d’un constat sans appel : la planète terre dispose de ressources limitées. Celles-ci sont d’ailleurs en voie d’épuisement rapide : énergie fossiles, pêche, terre arables, forêts, etc.

A plus de 6 milliards d’individus (et bientôt 9 milliards nous promet-on), force est de constater que la terre est surpeuplée. Pendant 150 ans, l’humanité a bénéficié d’un accroissement de la richesse sans précédent grâce (ou à cause) à une énergie très bon marché : le pétrole. Mais on atteint actuellement (ou cela arrivera dans le meilleur des cas dans 10 ou 20 ans) le pic pétrolier qui signifie que la moitié des réserves (que mère nature a mis des millions d’années à constituer) a été consommée (en quelques décennies). C’est un point à partir duquel, la production ne croit plus et décroit plus ou moins lentement…

Les solutions de remplacement n’existent pas. Du moins pas directement car le pétrole est partout : transport, énergie, matière première, agroalimentaire, etc et se présente à la fois comme une matière première et comme une source d’énergie.

Beaucoup d’analystes prédisent une crise de l’énergie sans précédant. Et un baril de pétrole à 200, 300, voire $500… Bien sûr il y aura un équilibre entre offre et demande. Mais c’est inéluctable, l’accès à l’énergie va être cher dans un futur assez proche.

Le corollaire à la civilisation du pétrole, c’est la surpopulation. Avant l’ère pétrole (ou le charbon), la population croissait lentement, prenait en compte les aléas climatiques et les saisons. Puis, l’avènement des transports a rapidement détruit ce modèle : de régionale, l’économie est devenue nationale puis mondiale. Le productivisme a transformé en profondeur la société, qui d’agricole est devenue industrielle, puis tertiaire. Car l’agriculture mécanisée, fortement consommatrice de dérivés pétroliers (pesticides, fongicides, engrais, etc) a permis ce bouleversement.

Panneau solaire

Le modèle de croissance s’est rapidement imposé car il fallait toujours plus de ressources pour nourrir, éduquer, distraire, une population de plus en plus nombreuse, de plus en plus riche et de plus en plus instruite. Dans une société de l’an 2010, le modèle de croissance est plus que jamais d’activité. Le retour à la croissance, indispensable pour sortir de la crise actuelle.

Mais comme les ressources sont limitées, la croissance se heurte à un problème de fond. Il existera dans un futur proche un temps où les ressources naturelles deviendront insuffisantes (ce qui est déjà le cas dans certaines régions du monde). La consommation (dilapidation serait le mot le plus juste), des occidentaux est intenable : si l’humanité vivait comme nous, 3 planètes seraient nécessaires (7 pour les USA…). Les nations du sud revendiquent à juste titre un développement similaire au notre et disposer comme nous de véhicules, de maisons individuelles, de manger de la viande chaque jour, de fours à micro ondes, de climatiseurs, etc.

Comme chacun sait, la rareté fait le prix. On doit s’attendre à un accès plus difficile aux ressources naturelles : métaux, produits agricoles et énergies fossiles. En premier lieu, la Chine qui devra nourrir son milliard et demi d’habitants. L’accès à l’eau y est problématique car les nappes phréatiques sont quasiment épuisées et les ressources en eaux fluviales insuffisantes.

Auto-suffisante en céréales, ce pays devra bientôt en importer avec les conséquences que l’on sait. Mais ne jetons pas la pierre aux chinois, eux, avaient clairement identifié le problème quelques décennies auparavant et limité leurs naissances. La politique de l’enfant unique, jugée autoritaire voire fascisante par nombres de « brillants experts », s’est avérée non seulement salutaire pour le pays mais également visionnaire.

Individuellement que faire ? Rien. Car rien n’arrêtera l’humanité en quête de croissance si ce n’est « dame nature » qui régulera à sa manière. Face à ces évidences, aucun politique d’aucun pays n’osera remettre en question le dogme de la croissance. Or, la société dans laquelle nous vivons, va sans doute disparaitre ou se transformer radicalement. Cela signifie nullement la fin de l’humanité mais tout simplement à l’image de l’Empire Romain qui, décadent et ultra dépensier, fit place en quelques décennies à la société médiévale transformant la société antique qui disparut au profit d’une autre. Les peuples n’ont pas disparu mais se sont adaptés.

Afin d’adoucir le changement, autant l’anticiper. Il s’agit, non pas de stigmatiser et de culpabiliser mais de comprendre et d’agir à notre échelle d’individu pour que les impacts soient les plus faibles possibles. Heureusement pour nous, les pistes sont nombreuses et les solutions à portée de main. Car la France dispose d’atouts majeurs : sa géographie et son sol (région très tempérée très propice à l’agriculture), sa démographie (relativement faible comparée aux autres pays car la densité y est deux à trois fois moindre).

Le changement a peut être déjà commencé, le débat sur les retraites et l’impact sur la crise ont eu un impact sur les ménages qui voient leurs revenus (salaire en monnaies constantes) baisser et leurs charges monter. Beaucoup de pays sont en déflation et/ou en croissance négative. L’exemple de l’Allemagne est symptomatique, un pays qui perd de la population et dont le coût salarial est stable depuis 15 ans environ (et donc un pouvoir d’achat en baisse depuis lors).

D’un point de vue individuel, nous devrons vivre avec moins d’argent et de ressources. Il faudra nous habituer à réduire notre consommation et ne pas gâcher. Cela signifie un retour à l’état normal à ce que beaucoup nomment de façon condescendante : le développement durable. Or « durable » signifie stable à la fois dans le temps (durée) que dans l’espace (développement régional vs développement mondial). Pour chacun de nous, il devient impératif de prendre en compte cette nouvelle donne.

En définitive, adopter la philosophie décroissante, ce n’est pas d’être marginal, c’est accompagner un mouvement qui de toutes façons sera incontournable.

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Martin mars 30, 2011 à 1 h 47 min

Article intéressant, je n’avais jamais fait le rapprochement entre pétrole bon marché et démographie – cela étant la population mondiale a augmenté dès 1800, avec le charbon avant le pétrole non? Sinon je plussoie la conclusion: la simplicité volontaire. Etait t’on malheureux il y a 30 ans en France? pourtant le PIB y était 2 ou 3 fois mon élevé. CQFD.

Gilles (Objectifs Liberté) mars 30, 2011 à 8 h 28 min

Le pétrole est une matière première très importante et si on oublie l’essence, il reste l’industrie chimique qui en est un grand consommateur. Le pétrole a permis le développement de certains pays dont l’économie est entièrement basé sur l’or noir. Pour ce qui est de la démographie, elle dépend souvent du niveau d’éducation (et bien sur des conditions de vie encore que ! ). Les pays à fort démographie (souvent d’ailleurs les pays les plus pauvres) doivent se prendre en charge avant tout. Si un pays comme la chine n’avait pas réduit sa natalité de manière il est vrai dictatorial il ne serait surement pas la puissance économique d’aujourd’hui. L’Inde par exemple continue à avoir une démographie insoutenable sans parler de l’Afrique avec des taux de natalité fous.

La simplicité volontaire s’impose avec des taux de natalité compatible avec nos ressources (2 enfants pour assurer le renouvellement pas plus). La régulation se fera sans doute par des guerres ou des maladies malheureusement : moins d’espace, moins de ressources et plus de personnes … On connait la suite donc. Ça me fait penser à « Soleil vert » si certains ont vu le film, un film visionnaire pour l’époque (1973).

La décroissance est la seule solution possible dans un contexte de ressources limités (la terre n’est pas extensible).

fabricef avril 11, 2011 à 1 h 36 min

Je me sent assez proche de cette idée Gilles. Remarque ce devrait pas t’étonné:-)

Le problème, c’est que je pense que cela sera jamais mis en place car trop contraire à la mentalité bien humaine du toujours plus. Ou alors, il faudrait etre au bord du gouffre, où l’on est jamais déjà.

Le minimalisme reste marginale et limité à une franche des populations riche. Va parler de ca aux 3/4 des autres dans le monde, ils ne pensent qu’à consommer. Et le deve durable, c’est une goutte d’eau pour pouvoir changer la situation. Enfin, tout est possible si tout le monde se bouge.

Et quand tu en parles, tu te fais taxer soit d’utopiste, de communiste, ou tiens de mec qui a un problème avec l’argent:-)

Gilles (Objectifs Liberté) avril 12, 2011 à 1 h 18 min

Le minimalisme reste en effet marginal et il est en effet intéressant de constater qu’il n’est pas véritablement entré dans les mœurs car les gens qui consomment peu ou pas de la même manière que les autres seront toujours suspects ! De plus comme tu le dis le rêve des pauvres c’est de devenir riche et de consommer : la Chine par exemple tend vers un mode de vie à l’américaine avec toujours plus de consommation, de voitures, de gens obèses …

Les décroissants ne sont pas si nombreux car le système dominant est basé sur la croissance : moins de consommation égale moins d’emplois, moins de natalité égale moins de retraite mais la terre n’est pas extensible et la croissance à l’infini ne tiendra pas. Il fut un temps ou la créativité de l’homme en développant la productivité faisait penser que le temps de travail diminuerait mais en fait on entend partout qu’il faut travailler plus pour gagner plus.

Je ne croyais pas trop avant à la sociologie mais en fait notre environnement nous influence énormément et pas toujours favorablement.

Le système se régulera sans doute et les décroissants seront plus nombreux malheureusement pas par choix mais par nécessité (et dans ce cas on souffre car on est frustré) car il ne fait nul doute que les prix de l’énergie, des matières premières agricoles et non agricoles vont exploser. La régulation sera économique.

Vincent avril 14, 2011 à 20 h 48 min

C’est un article très formateur qui effectivement met en avant un des problèmes surement insoluble qu’est la croissance. On comprend bien que la démographie galopante de certains pays et nos modes de consommations risquent de nous être fatale à l’avenir. Comment nourrir 10, 15, 20 milliards d’hommes qui veulent consommer de la viande et du poisson. Ça me rappelle en effet le film « Soleil vert » comme tu le disais.

De toute façon même si on stoppe l’économie de la croissance et que tout le monde ou presque devient décroissant par choix ou obligation, la terre ne pourra pas supporter autant de population ! La meilleur période a sans doute été celles des années 60-80 : inflation des prix mais aussi des salaires, sexe décomplexé sans risque, optimisme, plein emploi. Aujourd’hui les prix progressent plus vite que les salaires, le sida s’étend, tout le monde tire la gueule et il n’y a plus assez de boulot …

Tommy from solution de partage de fichiers février 18, 2012 à 18 h 05 min

Je ne suis pas vraiment d’accord au sujet de la decroissance. Pour moi le postulat est faux: certes la planete terre dispose de ressources limitees. Mais la on parle de ressources materielles, physiques. Or une grande part de la croissance repose desormais sur l’immatériel. Exemple: les logiciels informatiques ne consomment pas de ressources materielles et pourtant assurent la croissance de pans entiers de l’economie.

Donc, certes, decroissance dans le domaine des ressources materielles. Mais la croissance en tant que
creation de valeur est pour moi infinie.

Canalh avril 20, 2012 à 13 h 07 min

@ Tommy : pour faire un logiciel informatique il te faut un ordinateur dont l’impact écologique approche celui… d’une voiture… Donc ton argument de l’immatériel ne tient pas.

L’article est bien, mais je m’étonne de ne pas lire de référence à l’oeuvre d’un des majeurs penseurs et acteurs français en la matière: Pierre Rabhi: http://www.pierrerabhi.org/blog/index.php?static/biographie

Tommy from solution de partage de fichiers avril 20, 2012 à 19 h 48 min

@Canalh j’essaie de suivre ton raisonnement…

1/ il faut un ordinateur pour faire un logiciel
2/ un ordinateur a un impact ecologique equivalent d’une voiture
3/ donc la croissance immaterielle est finie

Je pense que tu te rends compte toi meme que ton argument est invalide (en gros il manque un gros truc entre le 2 et le 3…).

comment sans facebook par exemple rester connecte les uns les autres? Compare le bilan energetique de ta solution (sans utiliser d’ordinateurs) a celui de maintenir des serveurs (a fonctionnalite egale, bien entendu). Avoir des lettres expediees et broadcastees a tout ton reseau chaque jour par exemple.

Comment sans wikipedia avoir acces immediat a l’information pour chaque citoyen? Compare encore une fois le bilan energetique de ta solution. Donner libre acces a l’information requiert de livrer une encyclopedie complete tous les 6 mois (en fait, chaque minute, mais simplifions le probleme).

On va pas continuer, mais je pense que tu comprends. Les technologies de l’information permettent une demultiplication de la croissance, sans que cela soit correle a une croissance energetique.

Canalh avril 20, 2012 à 20 h 38 min

Tommy…

j’ai écrit vite:
1/ je savais pas qu’on peut faire un logiciel sans ordi, mais je suis pas spécialiste. Désolé.
2/ de mémoire, les ordis sont parmi les objets courants les plus polluants; à vérifier. (dans ton 2. tu transformes mon « approche » la voiture par « équivalent », procédé très peu propre et qui dessert la simplicité de ton apparent 1,2,3…
tu as lu beaucoup trop vite:
3/ dans ma phrase c’est ton argument qui est sujet de « ne tient pas » ; dans la tienne, le sujet devient « la croissance immatérielle » et le verbe « finir » = tu déformes complètement mes propos comme dans le point précédent. Au lieu d’argument j’aurais dû mettre « exemple » par contre: ton argument peut encore tenir peut être avec de meilleurs exemples.

Je n’ai pas écrit de ne pas utiliser les technologies liées à l’ordinateur. Je n’ai pas proposé de solution non plus… comme tu tentes de me le faire dire.

D’ailleurs, j’adore les technologies de l’info, les réseaux, etc. Mais je souligne qu’elles ne sont pas dénuées d’impact écologique et sur la croissance, au contraire.
Alimenter des entreprises pour faire 1/ordi / personne tous les 5 ans (les métaux des circuits imprimés, puces pour téléphones, sont parmi les plus rares non ?) et alimenter en electricité ces ordis, ça va bien alimenter quelque chose, non ? Si on construisait des ordinateurs qui nous fassent toute la vie, ça irait mais les entreprises jouent avec l’obsolecence depuis des décennies…

Je voulais juste rappeler que la croissance immatérielle dont tu parles (logiciel, informatique, repose sur un des objets les plus polluant et a dirée limitée: l’ordinateur avec lequel je tape ce commentaire). Mais bon encore une fois j’ai pas compris: on peut faire des logiciels sans ordinateurs ?

Bref mon argument est tout à fait valide. Il faut juste bien lire ce que j’ai réellement écrit.

Si une grande partie de la croissance reposait aujourd’hui sur de l’immatériel comme tu l’affirmes, ben on aurait aucun problème environnemental ! On aimerait bien quoi…

La décroissance tient.

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