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Gérer sa vie comme un pilote

Je souhaiterais aujourd’hui faire partager deux outils/méthodes qui me servent au quotidien pour prendre des décisions et m’aide à gérer ma vie au travers de choix mieux maitrisés. Ces outils de compréhension du fonctionnement humain servent habituellement pour former des pilotes (aviation, centrale, etc.) ou des managers, et sont transposables à la vie de tous les jours.

L’échelle d’Amalberti

Elle aide à analyser l’activité d’une personne. Dans mon métier (formation au pilotage de centrale), on s’en sert pour aider un superviseur à estimer l’efficacité des personnes qui travaillent pour lui lors d’un incident.

Deux paramètres constituent cette échelle : l’énergie dépensée pour agir, et l’énergie dépensée pour comprendre.

Echelle d'Amalberti

Lors d’une activité, notre cerveau se trouve quelque part dans cette zone. Selon l’heure de la journée, notre fatigue, nos activités, la zone est plus ou moins élargie. Peu importe, c’est son allure qui compte, et ou on se positionne à l’intérieur.

3 points sont importants :

  • Point 1 : c’est l’expert. Celui qui a tout lu, tout vu, qui a bien analysé la situation, et qui en connait les moindres recoins. Il passe son temps à comprendre la situation et peut expliquer tout ce qu’il se passe. En revanche, il n’agit pas. La situation se dégrade, mais au moins il sait pourquoi.
  • Point 2 : c’est l’activiste/le kamikaze. Lui se fiche de ne pas comprendre : il agit, au détriment de toute compréhension de ce qu’il fait. Son risque d’erreur : les erreurs dues à la précipitation, les « coquilles ».
  • Point 3 : c’est le bon compromis, entre celui qui cherche à comprendre ce qu’il fait et qui ose se lancer.

Cela s’adapte à la vie de tous les jours; Quelques exemples :

  • Acheter un bien immobilier : 9 fois sur 10, un acheteur prend sa décision sur un coup de cœur. Le risque est alors d’acheter trop cher, de ne pas suffisamment mûrir son achat, etc. Dans ce cas là, on est en plein dans la zone 2.
  • A l’inverse, le cas du conseiller financier qui connait tout sur la bourse, mais qui n’a jamais investi un euro « car il attend une situation favorable ». On dit souvent que les conseilleurs ne sont pas ceux qui payent (zone 1) …
  • … Mais bien souvent, on se laisse convaincre par ledit conseiller parce qu’après tout il a l’air de bien connaître. Et voilà qu’on ressort de la banque avec un nouveau compte dont on ne connait pas grand chose et qu’on n’avait pas prévu de prendre en entrant (zone 2). C’est aussi l’exemple typique de celui qui suit aveuglément le promoteur immobilier Scellier qui lui a vendu un projet nécessitant un « effort d’épargne », alors qu’un bon projet d’immobilier locatif ne devrait pas nécessiter cet effort.
  • Suivre une recette de cuisine : la première fois que l’on applique une recette de cuisine, on passe du temps à bien peser les ingrédients au gramme près, à rigoureusement appliquer ce qui est écrit, à cuire le plat à la seconde près (zone 1). Mais du coup, on n’y comprend strictement rien, et pour peu que la recette soit loupée il n’est pas rare que le livre obtienne un aller simple pour caler un meuble.
  • Bricoler un meuble. Là, je suis un peu provocateur : face à un meuble à monter, on a souvent deux types de comportement. Celui qui va se lancer « parce que c’est facile » et qui va monter ses étagères à l’envers (zone 2). Et celui qui va étudier le plan de fond en comble et y passer deux jours (zone 1).

La majorité des erreurs que l’on fait au quotidien sont des erreurs de précipitation/inattention (« j’ai fait un achat compulsif »), ou des erreurs de manque de préparation (« je n’ai pas noté ma liste de courses donc j’ai dépensé deux fois trop»).

A travers cet outil, je souhaite partager deux choses :

  1. On n’est jamais fixé dans une zone donnée. L’exemple typique est celui de la personne qui comprend ce qu’elle fait (zone 3), puis arrive sur un point bloquant. Elle s’arrête et réfléchit. Un moment. Puis un autre, et bascule tout doucement en zone 1. Et à un moment : « ah, ça m’ennuie, je fonce », et bascule directement en zone 2. C’est là que les risques d’erreur sont les plus élevés.
  2. Il n’est pas nécessaire de tout comprendre, tout maitriser pour pouvoir se lancer. Ce n’est physiquement pas possible : notre cerveau n’a pas assez de ressources mentales pour cela. Et puis, ça ne sert à rien. Chercher à tout maitriser avant d’agir cause plus de tort que de bienfaits. Mieux vaut en savoir un peu moins et agir, que de tout savoir et ne pas agir.

Donner du sens

Le concept est assez simple : il s’agit, quand on fait une chose, de savoir pourquoi on la fait. A quoi sert ce que l’on fait ? Rien de révolutionnaire. Pourtant c’est là que tout commence. Il arrive qu’au quotidien, lorsqu’on pose se pose la question « pourquoi suis-je en train de faire cela ? », les seules réponses qui nous viennent à l’esprit, moi le premier, soient du genre :

  • C’est la règle/la loi.
  • Parce qu’on me l’a demandé/mon chef m’a dit de le faire.
  • Je ne sais pas mais je le fais quand même.
  • C’est la mode.

Quel est alors le sens que nous donnons aux choses ?

Ce petit diagramme est souvent donné aux managers pour passer le message : « lorsque vous imposez une règle, tâchez d’en donner le sens pour susciter l’adhésion et non la résistance au changement ». A mon sens, les meilleurs chefs sont sur le champ de la persuasion plutôt que sur celui de l’obéissance.

Le sens des choses

Donner du sens aux choses est un outil puissant de motivation. C’est (se) convaincre plutôt que (se) contraindre.

Quelques exemples au quotidien :

  • Vous épargnez mensuellement : a quoi cela vous sert ? Est ce une contrainte ? Placez vous tout sur un livret A parce que votre banquier vous a dit de le faire ou parce que vous avez une réelle stratégie en tête?
  • Vous écrivez un rapport: à quoi va-t-il servir ? à quoi va-t-il vous servir ? Si c’est parce que votre chef vous l’a demandé, ledit rapport va t-il au moins être lu? Si tel n’est pas le cas, il n’est pas nécessaire d’y passer tout son temps.
  • « Va faire tes devoirs sinon tu ne sortiras pas ce soir ! » est-ce là le sens qu’on veut y donner ? Obtenir quelque chose par l’adhésion est beaucoup plus efficace que de l’obtenir par la contrainte.
  • « J’achèterais bien cette Audi à 35 000€ » : pour quoi faire ?

Je serais ravi de partager avec les lecteurs sur l’intérêt qu’ils trouvent à ces outils, voire sur d’autres.

Julien, actuellement formateur dans une grande entreprise française et également magicien à titre amateur. Il nous donne ici quelques idées sur son mode de pensée.

  • Vous épargnez mensuellement : a quoi cela vous sert ? Est ce une contrainte ? Placez vous tout sur un livret A parce que votre banquier vous a dit de le faire ou parce que vous avez une réelle stratégie en tête?

{ 5 comments… add one }
  • Julien@Valeurs Ajoutées 27 mai 2012, 9 09 55 05555

    Salut Gilles!

    Merci pour l’opportunité de poster un article 😉

  • Cecile 27 mai 2012, 22 10 30 05305

    Très bon article, merci pour ces points de vue et la présentation de ces outils !
    J’aime beaucoup le graphique « règle » versus « sens », je l’applique inconsciemment tous les jours, au travail : j’essaie de n’effectuer que des tâches auxquelles j’adhère et le moins possible de tâches qui n’ont pas de sens. Et quand je donne du travail aux autres, j’essaie d’expliquer au mieux pourquoi la tâche est importante, à quoi elle va servir etc. Je sais que sinon le travail ne sera pas fait, ou mal fait. Gérer le travail des autres, c’est parfois super difficile 😉

  • Dorian 28 mai 2012, 21 09 03 05035

    Bonjour,

    Sympathiques outils pour analyser les situations dans lesquelles on se trouve.
    Mais alors que faut-il en déduire ?
    Pour la première technique, se rapproche du point 2 je suppose.
    Pour le second, essayer d’aller dans le bon sens des flèches ? Sinon quoi ? 🙂

    Merci pour ces techniques en tout cas:)
    Dorian

  • Julien 28 mai 2012, 22 10 24 05245

    Bonjour Dorian,

    Dans le cas du premier outil, c’est le point 3 qui est intéressant. Paradoxalement, on cherche naturellement soit à se jeter sans rien connaitre (« allez hop, je me lance, on verra bien »), soit au contraire à être frileux et attendre de tout maitriser. Par exemple, le point 2 revient à dire « je fais des choses, mais je ne comprend pas ce que je fais ». Cela reviendrait à piloter une voiture sans savoir à quoi sert un feu rouge.
    Le point 3 signifie qu’on est dans un bon compromis entre « je fais » et « je comprend ce que je fais ». Compromis qui est, à mes yeux, « je donne du sens à ce que je fais ».

    Pour répondre à la question « sinon quoi? », les exemples ne manquent pas autour de nous : comment réagissent les gens lorsqu’on leur impose des règles qui n’ont aucune raison d’être pour eux? comment réagit un enfant à qui on dit « ne fume pas » sans lui expliquer pourquoi?
    Une règle que l’on connait mais à laquelle on n’accorde aucun sens est une règle que l’on s’autorise à contourner sans que cela nous pose problème.

    Ces deux outils servent beaucoup pour former des pilotes à qui on impose des règles de conduite et qui doivent s’y adapter en temps réel. Au quotidien, je pense que cela revient à être capable de s’interroger sur l’utilité de ce qu’on fait (des fois j’ai des surprises en me posant la question 😉 ), et surtout si on dépense suffisamment d’énergie pour agir ET pour comprendre ce que l’on fait.

  • Dorian 29 mai 2012, 10 10 51 05515

    Bonjour Julien,

    Oui, je voulais dire le point 3, pas le point 2. Je vois bien l’idée 🙂
    OK très bien, merci de ta réponse. Effectivement, c’est toujours mieux de savoir ce que l’on fait. Je trouve surtout triste que des personnes puissent faire des choses machinalement sans en voir l’intérêt. Où trouver l’énergie de ce lever le matin pour cela ?

    Parfois, trop réfléchir n’est pas bon. Finalement tes 2 techniques se rejoignent très bien. La 2e nous invite à réfléchir sur ce que l’on fait afin de s’intéresser au choses et d’en comprendre le pourquoi et le comment. L’autre nous dit qu’il faut un juste milieu entre action et réflexion.

    Bonne journée.
    Dorian

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